Apprendre à aimer davantage ce qu’on fait en attendant de faire vraiment ce qu’on aime

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Dans le prolongement d’un billet précédent et qui portait sur la sagesse du bouddhisme en orientation professionnelle, je souhaiterais ici rapporter quelques éléments intéressants au sujet du zen et ses implications vis-à-vis du travail.

En effet, bien souvent nous nous retrouvons parachutés dans un environnement, des tâches, des responsabilités et des conditions de travail qui ne nous conviennent pas ou plus tout à fait, mais nous n’avons guère le choix de demeurer en place et en attendant de trouver une solution « miracle », par exemple en consultant un orienteur. C’est notamment dans cette « attente », ce passage étroit et délicat entre deux états que le zen peut nous aider à apprécier davantage ce que nous avons déjà en attendant de parvenir à trouver ce que nous souhaitons réellement à l’égard de notre emploi.

Pour le résumer simplement, le zen consiste en une « culture d’une conscience du sacré dans les gestes simples de la vie quotidienne (Losier, 2008, p. 43).  Puissant outil de connaissance de soi, le zen consiste à clarifier la vision que nous avons de notre nature (Toula-Breysse, 2010).  Ainsi que le précise Toula-Breysse (2010 ; p.2),  de nombreux ouvrages dédiés au zen reprennent cette formule : « Lorsque vous ne pratiquez pas le zen, les rivières sont des rivières et les montagnes sont des montagnes. Lorsque vous pratiquez le zen, les rivières ne sont plus des rivières et les montagnes ne sont plus des montagnes. Lorsque vous réalisez le zen, les rivières redeviennent des rivières et les montagnes redeviennent des montagnes. Lorsque vous atteignez l’éveil, les rivières deviennent des montagnes et les montagnes deviennent des rivières. » Chacun doit découvrir le zen par lui-même grâce à l’expérimentation, tout en observant le spectacle du monde avec sagesse et compassion ».

«Détourné de son sens premier, vidé de sa quintessence, le mot zen s’est substitué aux expressions « cool » et « relax », en vogue dans les années 1970 et 1980, pour devenir ce mot chéri des publicitaires qui l’utilisent dans toutes sortes de slogans » ( Toula-Breysse, 2010,  p.1). En fait, le terme zen signifie méditation et c’est au Japon qu’il s’est le plus enraciné. Méditer oui, mais en restant bien dans le réel, le concret en se focalisant sur le processus afin de comprendre de manière plus intuitive ce qui nous entoure et comment nous fonctionnons, car « seule la connaissance de soi permet de trouver la paix intérieure » (Toula-Breysse, 2010, p2).

Démarche de mise en face de soi-même, l’histoire suivante résume ainsi bien la posture du zen : « lors d’un long voyage, deux moines arrivent devant un fleuve. Il n’y a pas de pont. Ils se décident à le franchir à gué quand une séduisante femme arrive et leur demande de l’aider à rejoindre l’autre rive. Le plus âgé lui propose de traverser sur son dos. La belle accepte et retrousse son kimono. Après avoir été remerciés, les deux religieux la saluent et reprennent leur route. Après des heures de marche silencieuse, le plus jeune ne peut se contenir : « Qu’est-ce qui vous a pris de faire passer le fleuve à cette fille ? Vous savez qu’il est interdit pour les hommes qui appartiennent à notre communauté d’entretenir avec les femmes le moindre commerce ! » Le vieux bonze sourit et lui répond : « Vous devez être fatigué d’avoir porté si longtemps cette personne en vous. Moi, je l’ai déposée dès notre arrivée. »

L’impérieuse nécessité de se défaire des désirs allège l’existence. Les pensées égarent, les émotions aveuglent. L’agitation mentale est source de souffrance et d’emprisonnement. Se laisser submerger dans un océan de sentiments, de convoitises et d’aversions empêche de voir les choses comme elles sont. Regarder la réalité sans chercher le vrai est essentiel. Pour cela, il faut cesser de chérir des opinions. Deux moines observent une bannière flotter au vent. Pour l’un, c’est le vent qui la met en mouvement. Pour l’autre, c’est le drapeau lui-même qui se meut. Pour leur maître, c’est leur esprit qui produit le mouvement réel. Il n’y a donc rien de systématique dans le zen » (Toula-Breysse, 2010, p.3).

Voilà une démarche introspective dont les visées rejoignent clairement celles de l’orientation professionnelle.

En contexte professionnel et alors que notre insatisfaction nous amène parfois à sortir totalement du moment présent pour nous laisser entraîner par des pensées négatives tout en nous projetant mentalement ailleurs, le  zen nous invite alors à porter à nouveau attention sur chacun de nos gestes pour réapprendre à ancrer notre esprit dans le présent. Davantage sensible à ce que faisons alors ainsi qu’aux effets de nos comportements, nous sommes susceptibles de trouver peu à peu de nouvelles manières d’opérer et d’assumer nos tâches et ainsi d’accroître progressivement notre niveau de satisfaction.

Une telle démarche n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle proposée par la théorie du Flow, élaborée par le psychologue hongrois Mihaly Csikszentmihalyi et qui consiste en un moment de grâce caractérisé par un état d’absorption totale dans une activité qui représente un défi et qui est accompagné d’un sentiment d’accomplissement et d’une grande satisfaction  (Bond, 2015).

Revenons au Zen. Losier (2008), identifie ci-après certains exemples concrets d’inspiration zen (impossible de tous les citer ici) et qui peuvent être intéressant en orientation professionnelle, suscitant l’analyse, la réflexion, l’intuition envers sa situation d’insatisfaction, tout  en ayant recours à des formes surprenantes et inusitées d’introspection et de réflexion. Par exemple :

reprendre la technique des très courts poèmes japonais, les haïku, à son compte. Ces derniers ont pour objet de capter en 3 lignes ou 17 syllabes la réalité de l’instant. Sobre et simple, le haïku exprime les émotions ressenties et incarne une forme de méditation. Ils permettent à la fois « la prise de conscience et l’expression de l’ici et maintenant » (Chidiac et Obégi, 2003). L’épuration lexicale des courts poèmes favorise la clarification de la pensée. Ainsi que le résument si bien Chidiac et Obégi à leur sujet (2003) : « trois vers suffisent à faire naître ou taire une émotion ; trois vers suffisent à résumer une vie blessée et en faire éclore une nouvelle » (p.529).  En voici un exemple typique :

Un vieil étang

Où plonge une grenouille

Plouf !

Face à son insatisfaction de carrière ou à évènement particulier en faisant partie, le recours un haïku peut alors favoriser des prises de conscience par la concision et la précision des mots employés.

Un autre moyen peut être le recours au koân, une question à laquelle il faut répondre et qui offre alors l’occasion de découvrir ce qui est, au-delà même des mots (Losier, 2008), et des restrictions langagières. Il s’agit de dérouter non pas tant pour révéler l’absurdité ou le vide de toute pensée,  mais surtout pour bousculer l’esprit dans son carcan de signification (Kim, 2011), et pour laisser jaillir l’intuition en amenant à reconsidérer son point de vue sur une situation d’impasse à l’égard de sa carrière professionnelle par exemple.

Le koan n’est pas un problème à résoudre dans un temps imparti. C’est une sorte d’énigme irrationnelle que l’on installe dans son esprit et que l’on va laisser mûrir jusqu’à l’apparition de l’évidence. Le raisonnement logique est banni ou très marginal ; il conduit à des lieux communs ou des impasses (goshinbudokai.fr). Ainsi, des exemples : «Jour après jour, c’est un bon jour », « non anxieux ici, non anxieux toute la vie »,  «« Qu’est-ce que le Bouddha ? » demande le moine à son maître zen. « Une spatule à merde ! » répond le maître (goshinbudokai.fr).

Dans la continuité des haïku et autre Koân, il est aussi possible de recourir aux contes zen.  Il en existe de magnifiques comme ceux d’Henri Brunel (2002, cité par Losier, 2008). Dans la mesure ou la métaphore et la personnification sont des figures de style très fréquentes dans ces contes, il s’agit alors de reconsidérer sa situation sous un jour nouveau.

L’utilisation de différentes formes de  tarots représente une autre manière, complémentaire, de reconsidérer les différents aspects de sa situation pour en trouver de nouvelles issues possibles. Ainsi, les tarots psychologique, animalier ou tarot zen d’Osho représentent d’intéressants supports de médiation analytique (Losier, 2008), sur des concepts tels que le changement, l’introspection, la confiance, le lâcher-prise, l’éveil, la douleur, l’attachement au passé, etc. Il ne s’agit pas de divination, mais bien de CONNAISSANCE DE SOI (Losier, 2008). Arrêtons-nous un instant sur le tarot zen d’Osho :  celui-ci consiste en une série de 78 cartes basées sur les états, les pensées et les idées du gourou indien Osho. Il est employé pour comprendre le passé ou pour prévoir le futur grâce au jeu transcendantal zen (oracles.ch).

Les mandalas (que l’on retrouve dans le bouddhisme tibétain), représentent une autre forme de pratique zen ou de méditation. Ils consistent en des coloriages qui peuvent être regroupés par thème (on les trouve d’ailleurs aujourd’hui aisément en librairie). Des paroles peuvent servir de méditation guidée durant leur coloriage.  En orientation professionnelle, ils peuvent offrir un support d’échange intéressant entre le client et son conseiller (Losier, 2008).

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