Orientation Québec

Nos tentatives pour sortir de notre insatisfaction professionnelle pourraient bien contribuer à nous maintenir dans nos difficultés

Le 14 novembre, 2017, par Frédéric Piot ,

Lorsque notre emploi nous ennuie, soit par un appauvrissement de nos tâches, soit par manque de défis, de visibilité ou de perspectives, il est naturel que nous cherchions à  nous y adapter par un accroissement de nos moyens d’y faire face.

Nous pouvons alors être enclins à  aborder notre difficulté en adoptant une perspective basée sur de la résolution de problème et en ayant recours à  de la recherche d’informations et à  de l’élaboration de plans d’action, ce qui nous procure le sentiment réconfortant de ne pas nous laisser abattre, tandis que nous nous activons fermement pour tenter de reprendre la situation en main.

Cependant et alors que nous dépensons beaucoup d’énergie et parfois d’argent en consultant, par exemple, des professionnels de la carrière et de l’orientation, il n’est pas évident que tant d’effort soient réellement guidés par une volonté sincère à  vouloir redonner du sens et de l’engagement à  notre vie professionnelle.  En effet, il est tout autant possible qu’une fois nos scénarios de sortie de crise établis, nous ne passions pas à l’action, préférant finalement l’inconfort du statu quo au risque du changement et tandis que ce dernier s’accompagne inévitablement de son lot d’inquiétude, de doute, d’incertitudes quant aux décisions que nous prendrions alors.

C’est donc comme si quelque chose de profond et d’intime nous retenait de faire le saut, alors même que, par ailleurs, nous avons pu nous définir des options alternatives réalistes, réalisables et qui nous intéressent réellement (par exemple le fait d’envisager un retour aux études afin de se réorienter).

Bien entendu, bien des raisons nous ramènent à  notre réalité et limitent « objectivement » notre capacité à  mettre en oeuvre notre plan d’action (par exemple un prêt hypothécaire à  honorer, des frais de scolarité pour nos enfants à régler, des projets de rénovations ou de vacances déjà budgétés, etc.)

Dans ce contexte, il est alors fort possible que nous demeurions là ou nous sommes, coincés dans un emploi et des actions que nous faisons (par exemple, rechercher à  nouveau de l’aide auprès d’un conseiller d’orientation, continuer de regarder sur internet des programmes de cours en ligne, lire des livres portant sur la croissance personnelle, etc.) et dont l’utilité consiste surtout à  nous éloigner de la souffrance et l’inconfort que notre situation d’insatisfaction professionnelle fait vivre en nous.

Pourtant cet inconfort, s’il s’installe durablement dans notre esprit, peut s’accompagner de sentiment de frustration, d’agacement, de colère, puis de découragement, de désespoir, voire d’apathie.  Rien de très agréable ni supportable à  long terme.

Néanmoins, nous avons la peau dure et sommes souvent capables de tolérer ces « douleurs du quotidien » au travail parce que notre peur de l’inconnu est si aversive (c’est-à -dire repoussante) que nous en venons à considérer que nous n’avons pas le choix de rester immobile (ce qui le cas est dans bien des situations) ou parce que nous nous nous jugeons incompétents et incapables de prendre des décisions qui marqueraient pourtant enfin la rupture tant espérée. Là  encore, nous nous sentons coincés, enfermés dans notre esprit, alors que celui-ci apporte à  notre vision des choses un regard appauvri, rétréci, voire déformés.

En outre et si occupés que nous sommes à  lutter, en notre fort intérieur, contre les pensées et les émotions qui portent régulièrement à  notre moral des coups blessants et douloureux, tandis que nous cherchons alors et par toute sorte d’actions à  fuir et à éviter ces dernières, là  encore, nous nous sentons coincés.

Et si nous commencions par regarder les choses un peu moins avec notre esprit et juste un peu plus avec notre corps ? Que nous dirait-il ? Quelle forme, quelle couleur, quelle texture prendrait alors notre inconfort, notre douleur (Schoendorff, Grand, Bolduc, 2011), notre insatisfaction professionnelle ? Ou sentirions-nous cette dernière à l’intérieur de nous ?.

Drôles de questionnements auxquels nous ne sommes guères habitués.

Maintenant. Et si au lieu de continuer à  lutter contre les vagues de nos ressentis intérieurs douloureux occasionnés par notre situation d’insatisfaction et qui nous conduisent à  risquer de boire la tasse, voire de nous noyer, nous apprenions plutôt à  surfer ? En effet et ainsi que le soulignent Polk, Schoendorff, Webster et Olaz (2016), quand nous sommes sur une planche de surf, nous n’avons plus besoin de chercher à  retenir les vagues ou de les fuir. Non seulement nous ne sommes plus emportés à  la dérive par ces dernières, mais nous pouvons choisir de glisser dessus pour choisir à  nouveau notre direction de vie professionnelle et nous y engager. Intéressante perspective pour apprendre à  surmonter notre peur et à« oser le changement ».

Quant aux vagues, en hiver au Québec, elles risquent fort d’être figées, mais cela, c’est une autre histoire…

 

 

 

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