Le paradoxe du poisson rouge

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Reprenant ici le titre et les principales idées développées par Hesna Caillau dans son ouvrage intitulé le paradoxe du poisson rouge (2015), je trouvais intéressant de vous les partager tant il me semble que certaines ont une résonnance intéressante dans le champ de l’orientation.

La carpe (nommée carpe Koi), omniprésente dans la culture chinoise, revêt un caractère sacré pour les Chinois et qui lui prêtent volontiers 8 vertus principales menant à la réussite (ce qui n’est sans rappeler « l’octuple sentier » pour sortir de la souffrance et que j’évoquais déjà dans un précédent billet ).

Je m’attarderai donc dans ce billet à la première d’entre elles : ne se fixer à aucun port. Ici, l’idée de Confucius prédomine, « être sans idée pour rester ouvert à tous les possibles ». L’auteur nous précise qu’il ne s’agit non pas de n’avoir aucune idée, mais plutôt de n’en privilégier aucune pour être mieux à même de s’adapter aux situations toujours changeantes de notre monde moderne.

En orientation, on le sait bien, les bouleversements induits par la mondialisation de l’économie et des échanges conduisent à devoir redéfinir le concept de carrière, de travail et à accorder plus d’importance justement aux changements et aux transitions professionnelles. Il est alors davantage question de construire sa propre histoire professionnelle, Riverin Simard évoquant à ce titre le chaos vocationnel, tandis que Boutinet parle d’immaturité de la vie adulte. Pour d’autre encore il est question de développer la conscience de soi et l’adaptabilité, qualités relatives à la gestion de soi-même et de sa carrière, celle-ci étant désormais considérée non plus comme un métier, une profession présentant des étapes successives et qui s’inscrivent dans une trajectoire linéaire, stable et prévisible, mais davantage comme le produit d’un processus continu d’apprentissage tout au long de la vie et durant lequel il faut apprendre à composer avec les imprévus et l’incertitude.
Ainsi que le souligne l’auteur dans cet ouvrage, pourquoi tant chercher à s’attacher à des idées (et des croyances) puisque la réalité elle-même est de toute façon en transformation permanente ? En fait, il s’agirait plutôt de préciser des grandes orientations tout en demeurant souple et flexible à ce qui n’était pas anticipé, préparé, envisagé, prévu….probablement plus aisé à dire qu’à faire….et pourtant. Le changement n’est-il pas fondamentalement dans la nature même des choses ? Cela nous renvoie à cette notion d’impermanence si chère aux bouddhistes notamment.

Cette idée de souplesse se retrouve dans la forme de la carpe elle-même et qui ondule dans tous les sens, nous rappelant ainsi « l’importance pour la pensée de ne se raidir dans aucune position » (Caillau, 2019, p.17). Il est question ici du livre sacré des Chinois, le Yi King, appelé le livre des mutations et qui cherche à développer chez l’homme ouvert à l’inattendu son pouvoir intuitif….la question qui est posée n’est pas « est-ce que ma vie (professionnelle) va s’arranger ? », mais plutôt « que dois-je faire ici et maintenant pour ma vie s’arrange ? » nous invitant alors à mobiliser notre intuition pour trouver notre propre réponse.
Le Yi King nous propose ainsi de sélectionner parmi 64 hexagrammes (ou situations types) celles qui seraient le plus en écho avec la situation particulière et professionnelle ou l’on se trouve (Caillau, 2016, p.20). Beaubien (1994), nous rappelle que Jung a d’ailleurs pu élaborer son concept de synchronicité (occurrence simultanée d’au moins deux événements qui ne présentent pas de lien de causalité, mais dont l’association prend un sens pour la personne qui les perçoit, Wikipédia) après avoir pratiqué le Yi King et qui peut se résumer comme étant « un procédé divinatoire permettant à un individu d’identifier le texte ou l’hexagramme qui est en rapport avec son vécu propre » (p. 10).

Le fait de ne se fixer à aucun port permet la recherche de la vision juste et qui représente la 1re des 8 étapes du noble sentier octuple pour sortir de la souffrance, cette dernière étant principalement causée par le déni de réalité tant sur soi que sur le monde qui nous entoure. Caillau (2016, p.22), rappelle ainsi :

  • Nous ne voyons pas le réel tel qu’il est, mais selon nos désirs et nos craintes.
  • Nous ne le voyons pas non plus dans sa globalité, car nous ne nous intéressons qu’aux choses en surface, oubliant alors de nous intéresser à ce qui est plus profond et immergé…..N’est-ce pourtant pas ici le point de départ d’une authentique démarche d’introspection en orientation ?

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