Une introduction à la sagesse du bouddhisme pour clarifier son orientation de carrière

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S’il fallait résumer en une phrase ce qui est visé à travers la pratique du bouddhisme, on pourrait alors citer ceci : «Vouloir ce que l’on a et ne pas vouloir ce que l’on n’a pas» (Boudha).

Ce qui se cache derrière cela ? Une certaine idée qu’on peut se faire d’un contentement heureux et bienveillant à l’égard de soi-même et des autres.

De tradition  millénaire, le bouddhisme  devient, depuis quelques années déjà, très populaire dans bien des domaines.  Concept « à la mode », il fait l’objet d’une couverture médiatique foisonnante.  En France, des personnalités telles que Frédéric Lenoir, Christophe André, Fabrice Midal et surtout Matthieu Ricard contribuent à l’émancipation de cette spiritualité d’une incroyable modernité.

Dans le domaine de la psychologie du travail, plusieurs tentatives sont faites pour adapter aux réalités d’un monde du travail instable et incertain plusieurs notions  centrales dans le bouddhisme.   Des programmes d’interventions inspirés du bouddhisme ont démontré une certaine efficacité auprès de toute sorte d’individus en milieu de travail (Bond et Bunce, 2003 ; Flaxman  et  Bond, 2010).

En clair, et bien qu’il ne soit pas question ici d’entrer dans le détail de tels programmes,  il apparaît que ceux-ci (Shapiro et al., 2010),  peuvent être utiles pour contribuer à réduire le stress, l’anxiété et l’épuisement professionnel (Brinkborg et al., 2011).

Avant d’aller plus loin, revenons à l’essentiel : qu’est-ce que le bouddhisme ? Difficile de circonscrire cette spiritualité en quelques mots. Pourtant.

Né il y a quelque 2500 ans dans le Népal actuel et à la différence des grandes religions monothéistes qui promettent un bonheur dans l’ailleurs post-mortem, le bouddhisme propose de nous aider à prendre des dispositions concrètes pour connaître le bonheur dans notre vie présente.  Pour cela, il nous invite à comprendre notre vraie nature afin de la révéler à nous-mêmes puis aux autres (Landaw et Bodian 2007 ; Losier, 2008).

À l’heure d’une orientation de carrière ou d’un choix d’études, la connaissance de soi qui découle d’une meilleure compréhension de soi représente là un thème tout à fait central.

Pour parvenir à cette compréhension et cette « révélation », le bouddhisme enseigne avant tout une manière de chercher à mieux comprendre comment fonctionne notre esprit car c’est lui qui détermine et crée tout notre vécu ! (Landaw et Bodian, 2007).

Autrement dit et sur le plan philosophique cela nous ramène à la fois au fameux « connais-toi toi-même » de Platon et repris par Socrate, mais aussi à la question de la sincérité vis-à-vis de la connaissance de soi : est-elle tout simplement envisageable ?

Tandis que pour les socratiques la connaissance de soi renvoie « à la conscience que l’on a de son propre savoir aussi bien que de son ignorance » (Tsouna, 2001, p.38), elle évoque d’emblée une démarche spirituelle (Laurentiu, 2014), puisqu’il s’agit alors d’instaurer un rapport de soi à soi constituant le fondement même d’une démarche introspective et spirituelle (Hardot, 1989).

En psychologie, cette connaissance de soi est indissociable de l’identité, et qui  désigne un ensemble de représentations mentales que l’on entretient sur nous-mêmes ainsi que le phénomène de conscience qui lui est alors associé  ( Duval, Desgranges, Eustache, Piolino, 2009).

Young (1971), évoque dans son approche du cycle de la vie humaine, une montée progressive durant la vie de la conscience de soi et qui aboutit à ce qu’il nomme  « l’individuation ». Houde (1999), résume celle-ci en tant « qu’unité autonome et intégrée » (p.27), c’est-à-dire une individualité qui permet peu à peu une plus grande expression de soi, une personnalité pleine et entière. Pour Young, l’individuation représente une « quête psychospirituelle » (cité par Houde, 1999, p.26), tout comme pour les stoïciens, la connaissance de soi s’apparente à un exercice de nature spirituelle.

De manière assez proche finalement, la psychologie de l’orientation consiste à faire en sorte que l’individu puisse découvrir celui qu’il est et celui qu’il souhaite devenir, en l’aidant à définir des domaines, des activités de travail dans lesquelles il pourrait développer « les formes identitaires les plus importantes pour lui »(Guichard et Huteau, 2006, p.82). Autrement dit, l’orientation et par conséquent le conseiller d’orientation, privilégie alors la connaissance de soi pour aider la personne à devenir plus à même de cibler ensuite des domaines d’emploi susceptibles de convenir à sa personnalité.

Comprendre sa vraie nature contribue donc à développer la connaissance de soi et qui elle-même favorise des choix de carrière ou d’emploi possiblement plus éclairés….

Revenons à présent au bouddhisme. On l’a vu, dans cette tradition, la connaissance soi consiste alors à mieux comprendre comment fonctionne notre esprit, notre mental, car c’est lui qui détermine et conditionne toute notre expérience du monde.

De même, la sagesse du bouddhisme nous enseigne que cette connaissance de soi ne peut être que partielle et limitée, car il est impossible d’avoir une connaissance forte et précise de son identité, notamment parce que nous sommes, par essence, éphémères et fragiles. Il s’agit en fait de se libérer progressivement de son ego en prenant conscience que la personnalité est une représentation de soi. Il faut l’accepter dans ses limites et ses faiblesses (Losier, 2008).

4 principes fondamentaux permettent de saisir l’essence même du bouddhisme (Landaw et Bodian 2007). Bien qu’ils puissent paraître être d’une grande simplicité, ils demeurent d’autant plus pertinents que dans notre société moderne, on cherche davantage à lutter contre notre inconfort qu’à réellement nous connaître (Hirigoyen, 2007, cité par Losier, 2008).

Principes boudhistes

Dans ce contexte, une solution consisterait donc à nous déraciner de l’attachement causé par le désir. En effet, le problème ne réside pas dans la préférence, les intérêts et les souhaits que l’on exprime, par exemple à l’égard d’un choix d’études ou vis-à-vis d’une profession, mais dans le rapport très fort que l’on entretient avec ses souhaits et désirs.  Et si on n’obtient pas ce que l’on désire, que se passe-t-il ? La déception laisse-t-elle alors la place à de la frustration et de la colère ?

En orientation, il arrive que l’on s’attache depuis très longtemps à des conceptions  possiblement irréalistes de soi et vis-à-vis d’un métier désiré.  Mais alors, dans quelle mesure nos croyances à l’égard d’une profession n’entretiennent-elles pas notre ego au détriment de notre moi profond ? Voilà une question fondamentale à laquelle la sagesse du bouddhisme nous invite à réfléchir.

Autrement dit, il arrive que nous entretenions des croyances si fortes que nous nous identifions à elles au point de considérer que de ces dernières dépendrait notre propre survie, ou en tout cas notre bonheur. Autrement dit, ce que nous possédons et faisons seraient les déterminants ultimes de qui nous sommes. Pourtant, ne sommes-nous pas aussi autre chose ?…bien plus que cela même ? On pourrait rapprocher cette idée de motivations qualifiées « d’extrinsèques » quant aux choix que nous faisons à l’égard, par exemple, d’une programme d’études ou vis-à-vis d’une profession.

Dans cette perspective, il est possible de que ce soit alors nos propres conceptions de l’esprit qui entretiennent notre vision des choses et de notre situation et qui nous emprisonnent alors. Ainsi : la vision que nous entretenons à l’égard de notre situation de carrière rigidifie notre propre capacité à changer. Voila, là encore, une sagesse fort utile pour mettre à distance nos croyances et nos représentations dans une perspective critique et constructive.

Le 4e principe fondamental du bouddhisme énuméré plus haut conduit à ce qui est appelé le noble sentier octuple et qui a pour objectif de nous aider à trouver les moyens de vivre une vie plus authentique (Dang Truc, 2013).

Ce sentier fait référence au cheminement intérieur qui consiste à trouver en soi le sens qu’on souhaite donner à sa vie et, par extension, à son travail en adoptant une manière  d’avancer et de se questionner qui soit authentique, humble, introspective et tournée vers les autres.

Le noble sentier octuple comporte 8 caractéristiques et qui symbolisent la totalité de l’existence humaine en tant que telle (Dang Truc, 2013).  Les voici :Sentier octuple

La compréhension juste :  il s’agit de prendre peu à peu conscience du fait que notre état quasi permanent d’insatisfaction (à l’égard de notre emploi, de nos relations, de notre vie) est consécutif de désirs non assouvis et que l’on croit être fondamentaux ou en tout cas desquels contribuerait notre propre bonheur (par exemple, quand je serai médecin je serai heureux).  Par ailleurs, le bouddhisme enseigne l’impermanence en toutes choses. Autrement dit, c’est le changement qui représente la vraie nature des choses (Losier, 2008). Par conséquent, nos choix de carrière ne peuvent être réellement durables, cela dans un contexte socio-économique actuel ou c’est la définition de la carrière qui semble changer (Bujold et Gingras, 2000), de plus en plus considérée comme instable, inattendue, et insécurisante (Bujold et Gingras, 2000), tandis que les retours aux études (Guichard, 2003) et les transitions entre les emplois se multiplient (Michaud, 2006).

La pensée juste : elle représente le contraire de l’égoïsme et la centration sur soi uniquement. Le bouddhisme postule que notre propre bonheur passe immanquablement par celui des autres. En fait, en étant tourné vers les autres c’est à son propre équilibre que l’on travaille.  Serres (2014), résume cette pensée juste de la manière suivante :

  • ce qui est équitable
  • ce qui relève d’une compréhension juste
  • ce qui est éloigné des extrêmes
  • ce qui est vraiment sincère et se détourne du mensonge et ce qui est utile à soi et aux autres.

Au moment d’un choix de métier, il peut alors être intéressant de voir dans quelle mesure il serait possible d’intégrer alors des éléments qui nous permettent de développer cette pensée juste. Par exemple, faire le choix d’une carrière qui soit davantage tournée vers les autres peut représenter une telle concrétisation.

La parole juste : dans la continuité d’une orientation davantage centrée vers les autres, la parole juste réfère à l’authenticité, à la mesure et au fait de tenir compte de l’impact de nos mots sur les autres. Cette parole juste réfère à l’abstention du mensonge,  de la calomnie et des paroles dures à l’encontre des autres. On retrouve ici cette idée de bienveillance si chère au Bouddhisme.

Face à des choix de carrière, la parole juste nous invite alors à pousser plus avant l’exploration de ce qui compte à nos yeux tout autant que la manière avec laquelle nous en parlons.  Développer une parole juste consiste en une forme d’apprentissage.

La communication non violente (Rosenberg, 1999),  présente de nombreux points communs avec cette notion de parole juste.  En effet, Marshall Rosenberg illustre deux modes de communication diamétralement opposés. Tandis que le premier est basé sur la domination en ayant recours à des formes de violences verbales (menace), il cherche avant tout à convaincre, en manipulant l’autre par de la culpabilité. Dans des milieux de travail toxiques, il est fréquent d’observer un tel type de langage, de parole, détourné à des fins de contrôle et de pouvoir. Le second type de langage, à l’inverse, libère une parole authentique et qui permet à l’autre de répondre librement.

L’action juste : « de la même manière que la parole juste signifie éviter de causer du tort aux autres par ce qui est dit, l’action juste signifie éviter de causer du tort par ce que vous faites » (Landaw et Bodian 2007, p.69).  Là encore, l’enseignement bouddhiste consiste à se préoccuper des autres pour les aider et les protéger.  Au moment d’une réflexion sur un choix d’emploi ou d’études, cette notion d’action juste nous invite alors à nous interroger sur la nature même des rapports et des relations que nous souhaitons entretenir avec les autres.

 Les moyens d’existence justes: « en choisissant un métier ou une profession, vous pouvez gagner votre vie de différentes manières, mais si vous souhaitez  gagner plus que de la richesse matérielle, évitez alors dans votre emploi de recourir à des moyens qui peuvent nuire aux autres, de les manipuler ou de les tromper.  Il est évident qu’une profession dans laquelle vous pourriez leur venir en aide (au sens large) constitue un excellent moyen d’existence.  Mais même si vous n’occupez pas un tel emploi, vous pouvez tout de même chercher des moyens d’établir de belles relations avec les autres » (Landaw et Bodian 2007, p.62).

L’effort juste :  Il s’agit d’apprendre à devenir peu à peu plus sensible et plus conscient à ce qui se passe sans cesse dans son esprit et cela dans le but de ne plus se laisser déborder par ses pensées et émotions négatives, en particulier dans des  moments de vie difficiles et tels que peuvent l’être des situations d’impasses sur le plan professionnel.  La notion d’effort est à relier à celle d’une pratique spirituelle régulière, telle que celle portant à développer une attention qui soit juste.

L’attention  juste : tentez de vous concentrer sur le moment présent, car  comme le disait Tolstoï : « il n’y a qu’un seul moment qui importe, maintenant car c’est le seul sur lequel nous avons du pouvoir » (cité par Harris, 2012).  L’attention juste fait référence à la qualité d’attention qu’il est possible de développer dans l’ici et maintenant pour devenir plus sensible à ce qui se passe en nous et à l’extérieur de nous, et cela au lieu d’être perdu dans le tourbillon incessant de ses pensées.

Face  à une situation d’impasse sur le plan professionnel ou à l’heure des choix de carrière, il peut être fort utile de « s’observer de l’intérieur » de manière à être en mesure de rassembler des informations importantes sur ses ressentis afin de savoir s’il faut changer de comportement ou persister (Harris, 2012).  Des exercices de méditation de la pleine conscience peuvent alors être utiles pour se ressourcer, se recentrer, se concentrer et ainsi ramener ses pensées bloquées dans les ruminations du passé ou des inquiétudes envers l’avenir.

 La concentration juste : apprenez à développer une vision des choses qui soit moins soumise à l’état de vos émotions du moment… En ce sens, une vision plus profonde de la nature des choses. La pratique de la concentration juste vise à développer la capacité à rester centré (lesplusbeauxmatins.fr). Elle renforce et est renforcée par la concentration juste.  En pratiquant la concentration juste on accepte ce qui est, ce qui vient. On est investi dans l’instant présent, de tout son être. Tout ce qui vient vient. Lorsqu’on est sujet des inquiétudes vis-à-vis de sa carrière ou de son orientation professionnelle, il s’agit  alors d’accueillir ce que l’on vit avec recul et clairvoyance, comme on verrait défiler les nuages dans un ciel et sans chercher alors à s’y accrocher. Des techniques issues de la méditation de la pleine conscience et notamment présentes dans la thérapie d’acceptation et d’engagement peuvent y contribuer.

Tandis que les personnes qui consultent un conseiller d’orientation (ou un orienteur), expriment avant tout rechercher chez ce dernier une compétence à pouvoir recadrer leur situation problématique (Figler et Bolles, 1999, cités par Losier 2008), il apparaît que la sagesse du bouddhisme offre, en ce sens, de bien belles pistes d’investigation pour clarifier sa vraie nature et ses objectifs de vie.

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